Taina Tervonen

Journaliste indépendante pour la presse francophone et finlandaise depuis 1999, Taina Tervonen travaille sur des sujets de société à travers des enquêtes au long cours, s’intéressant aux nouvelles formes familiales, à l’immigration et à l’exil.

Elle est auteur, avec la photographe Zabou Carrière, de deux ouvrages: Ihmisarvoinen työ (SASK/TSL, Finlande, 2010), sur la grève des travailleurs sans-papiers, et Fils de… (éd. Trans Photographic Press, 2011), trente portraits de fils et de filles de parents homosexuels.

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Les Incorrigibles

Taina Tervonen
Journaliste

Pourquoi ces mots-là
& de cette façon-là ?

Pour moi aussi, un hasard.

Une rencontre avec Baptiste qui me montre ses photos et m’explique son projet, son envie d’accompagner ces photos de mots. J’accepte, et j’arrive dans le service un matin de mars, un peu intimidée. Je connaissais les gens que j’allais rencontrer par les images de Baptiste, mais eux ne me connaissaient pas. Comment allais-je être acceptée? Comment allais-je trouver la bonne forme pour transcrire ce qui allait m’être confié?

J’ai très vite décidé d’utiliser le verbatim, pour être au plus près de la parole des personnes rencontrées, sans commentaires de ma part. J’ai voulu croiser différents regards sur un service où se côtoient patients, parents, médecins, infirmiers, psychologues, enseignants, animateurs… Qu’avaient-ils à dire sur ce quotidien si ordinaire pour eux et pourtant tellement hors de l’ordinaire vu de l’extérieur? Comment faisaient-ils face, chacun à partir de sa position et à partir de son vécu particuliers, à la maladie et à la mort? Comment transformaient-ils en quotidien l’omniprésence de ces deux choses, qui relèvent pour la plupart d’entre nous de l’ordre de la hantise, du cauchemar?

Ils m’ont parlé, avec beaucoup de sincérité, d’humour et d’émotion.
Les rencontres étaient intenses de vie et de présence. C’est cette intensité que j’ai voulu transcrire dans les textes, à travers la forme du verbatim — je voulais que le lecteur se mette non pas dans une position d’observation d’une réalité mais de réelle écoute face à une parole, intime et forte.

Le reportage de deux mois a été traversé par la question de ma position de journaliste dans cet univers hospitalier. Comment transmettre sans être aveuglée par sa propre émotion? Cette question a pris une importance toute particulière puisqu’il y avait dans le service un petit garçon en fin de vie, de l’âge de mon fils. Mêmes héros de dessins animés, mêmes jouets, mêmes caprices. Ce parallèle aussi flagrant a marqué mon travail, appuyant la question du rapport à la fin de vie et à la mort qui traverse beaucoup de témoignages.

Mais il m’a aussi permis d’assumer ma part de subjectivité dans ce travail: les questions posées étaient autant celles d’une mère de deux enfants que celles d’une journaliste.

Projet éditorial photographique
sur le service d’oncologie
pédiatrique
de l’hôpital
Raymond Poincarré, à Garches